Oncogériatrie

Garantir un traitement et une prise en charge adaptés à tous les patients, âgés de 75 ans et plus et atteints de cancer, grâce à une approche multidisciplinaire.

Près de 2 cancers sur 3 surviennent chez des personnes âgées de 75 ans et plus

Depuis plusieurs années, les deux spécialités médicales que sont l’oncologie et la gériatrie se sont rapprochées et travaillent conjointement.

Reconnue comme un problème majeur de santé publique, l’INCa a placé l’oncogériatrie dans ses priorités d’action, selon 4 orientations stratégiques :

  • Améliorer le niveau de connaissance des professionnels de santé en leur proposant des formations adaptées
  • Disposer d’un nombre suffisant de professionnels médicaux et paramédicaux
  • Obtenir que tous les patients âgés de 75 ans et plus atteints de cancer bénéficient d’une évaluation gériatrique préalable à la prise de décision thérapeutique, vérifiée lors de la RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) et permettant d’établir un PPS (Programme Personnalisé de Soins) adapté
  • Informer la population et les professionnels de santé des facteurs de risques de cancer chez les personnes âgées.
Epidémiologie des cancers des 65 et +

Le retard de diagnostic chez les sujets âgés

Un diagnostic de cancer chez un sujet âgé est souvent posé plus tardivement.

Pourquoi ?

  • Parce qu’il y a souvent une banalisation de signe d’alerte de cancer, parfois noyés dans plusieurs pathologies : diabète, hypertension, problèmes vasculaires, démence…
  • Parce qu’il existe encore trop de préjugés concernant les personnes âgées atteintes de cancer, dans le grand public et chez les professionnels de santé.

Contrairement aux idées reçues, le cancer n’évolue pas plus lentement chez une personne âgée.

➡ Plus tôt le diagnostic est posé, plus la prise en charge médicale est précoce, plus elle est efficace et moins elle entraîne de conséquences lourdes.

➡ Il est donc important que les professionnels de premier recours puissent adresser le plus précocement possible ces patients en consultation spécialisée.

Spécificité de la prise en charge

Le traitement du cancer chez une personne âgée n’est pas la simple application ou adaptation d’un traitement du cancer chez une personne adulte.

D’un côté, le vieillissement entraîne un déclin progressif de diverses fonctions (cardiaque, rénale, visuelle, auditive, mémorielle…), une prévalence élevée de comorbidités (hypertension artérielle, diabète, ostéoporose, dépression), une perte progressive d’autonomie…

De l’autre, les traitements du cancer sont souvent lourds, agressifs, longs, avec un impact sur la santé mais aussi sur l’ensemble des aspects de la vie quotidienne.

Ainsi, chez la personne âgée, l’efficacité même d’un traitement peut être affectée tandis que les effets secondaires et les réactions de toxicité peuvent être accentués, et peuvent aggraver les fragilités sur le plan social, psychologique, cognitif.

 

 

Parcours de soins des patients âgés

Le traitement du cancer chez une personne âgée s’inscrit dans une prise en charge globale. Il doit intégrer une dimension psychosociale, cognitive, tenir compte de la fragilité, des comorbidités ou encore de la place de l’aidant.

INCa : Parcours de soins des patients âgés

Outils de dépistage de la fragilité oncogériatrique 

Il convient d’évaluer l’état de santé de chaque patient âgé atteint de cancer dès sa prise en charge.

Le processus de vieillissement est très variable selon les individus et l’âge est un critère insuffisant pour évaluer l’état physiologique d’une personne. Sur le plan social par exemple, notamment en milieu rural, les personnes âgées sont plus souvent isolées et ont un niveau socioéconomique plus faible que la moyenne de la population.

Il existe de nombreux outils de dépistage de la fragilité oncogériatrique qui permettent d’orienter les patients à risque vers un oncogériatre pour une évaluation gériatrique approfondie (EGA).

Même s’il n’existe pas de consensus pour un outil qui serait optimal dans tous les types de cancers, l’outil recommandé en cancérologie pour les personnes âgées présentant un cancer ou une hémopathie maligne est l’outil G8.

Si l’évaluation oncogériatrique prend en moyenne environ 1 heure, l’outil G8 peut être complété en moins de 5 minutes par l’équipe médicale ou paramédicale.

Il permet au cancérologue d’identifier en routine les patients qui devraient bénéficier d’une évaluation gériatrique approfondie.

L’outil G8 permet d’apprécier l’état fonctionnel d’un patient, son autonomie dans la vie quotidienne, son état nutritionnel, thymique, et cognitif. Il apprécie également la marche et l’équilibre du patient ou les antécédents de chute.

Globalement, la sensibilité de l’outil G8 est de 76,5 % et sa spécificité de 64,4%.

Coté de 0 à 17, un score inférieur ou égal à 14 est le reflet d’une vulnérabilité ou d’une fragilité gériatrique et doit conduire à une évaluation oncogériatrique.

Le score G8 apparaît de manière automatique sur la fiche e-RCP des patients de 75 ans et plus, son remplissage est obligatoire. Ce score doit être complété de façon rigoureuse.

SOFOG : Echelle G8

Evaluation gériatrique en cancérologie

 L’évaluation oncogériatrique, d’une durée de 60 à 90 minutes, avec un oncogériatre, répond à la nécessité de prendre en compte les spécificités des personnes âgées pour adapter les traitements anticancéreux. Elle est nécessaire pour proposer ensuite une prise en charge gériatrique appropriée, pluridisciplinaire. (Terret C, J Clin Oncol 2007).

 

Cette évaluation explore ainsi divers domaines de santé :

  • Les antécédents du patient, ses comorbidités
  • Les traitements médicamenteux (revue complète pour éviter interactions dangereuses et optimiser dosages)
  • L’environnement social (soutien familial, interactions sociales, conditions de vie, mesures de protection, …)
  • L’autonomie dans les activités quotidiennes (capacité à s’habiller, se laver, ou préparer ses repas)
  • Les capacités cognitives (mémoire, attention, fonctions exécutives)
  • L’état thymique (humeur, dépression, anxiété)
  • L’état de santé physique (examen des maladies chroniques, de la nutrition, et de l’équilibre-de la mobilité)

L’évaluation gériatrique en cancérologie peut être complétée par un bilan plus complet en Hôpital de Jour (HDJ) avec l’intervention d’une assistante sociale, d’une diététicienne, d’une psychologue, d’un psychiatre ou d’un kinésithérapeute, ergothérapeute, orthophoniste, …

Cette évaluation permet de faire des propositions pour améliorer certains syndromes gériatriques et symptômes de fragilité en vue de proposer le traitement le plus adapté possible à l’état de santé du patient.

L’effet direct et positif de l’évaluation sur la qualité des traitements mais aussi, sur la qualité de vie des patients, a été démontré à plusieurs reprises. (Extermann M Crit Rev Oncol Hematol 2004).

Selon l’INCa, dans une population de patients âgés atteints de cancer, l’évaluation oncogériatrique permet de détecter des anomalies dans 70 à 80 % des cas.

La traçabilité d’une évaluation gériatrique en cancérologie est primordiale. Le résultat doit figurer dans le compte-rendu de la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), et les propositions gériatriques intégrées doivent figurer dans le programme personnalisé de soins (PPS).

La population âgée est hétérogène !

La classification de Balducci

L’oncogériatrie se base sur l’échelle d’évaluation de Balducci qui définit 3 groupes :

  • un groupe Balducci 1 : le patient est autonome et sans comorbidité, il peut bénéficier d’un traitement standard, semblable à celui proposé à des individus plus jeunes
  • un groupe Balducci 2 : la personne âgée a une dépendance fonctionnelle et une ou deux comorbidités, son état permet la mise en place d’un traitement adapté
  • un groupe Balducci 3 : le patient est dépendant, avec plus de 3 comorbidités et des syndromes gériatriques évolutifs, sa situation trop dégradée l’oriente vers une prise en charge palliative.
Oncologik : Evaluation gériatrique standardisée en oncologie

Les Unités de Coordination en Oncogériatrie (UCOG)

Les missions des UCOG

Il existe 24 unités de coordination en oncogériatrie déployées sur le territoire français. Quatre antennes d’oncogériatrie (AOG) ont, par ailleurs, été créées, avec pour objectif la réduction des inégalités de santé. 

Les UCOG ont vocation à accomplir cinq missions suivantes :

  • promouvoir l’évaluation de la fragilité de la personne âgée ;
  • favoriser le dialogue entre cancérologues et gériatres ;
  • promouvoir la diffusion des référentiels de bonnes pratiques ;
  • soutenir la formation et l’information en oncogériatrie ;
  • contribuer au développement de la recherche
Carte des UCOG de France

Retrouvez les informations des UCOG

Les UCOG du Grand Est 

UCOG Alsace : Unité de Coordination Régionale en OncoGériatrie (UCROG)

  • Coordonnateur oncologue : Dr Jean-Emmanuel KURTZ (Hôpitaux Universitaires de Strasbourg)
  • Coordonnateur gériatre : Dr Laurie LORSCHÉ (Hôpitaux Universitaires de Strasbourg)

UCOG de Champagne-Ardenne (UCOG CA)

  • Coordonnateur oncologue : Dr Stéphane PERIN (Institut Jean Godinot)
  • Coordonnateur gériatre : Pr Rachid MAHMOUDI (Hôpital de la Maison-Blanche – CHU de Reims)

UCOG Lorraine : Unité de Coordination en OncoGériatrie Lorraine

  • Coordonnateur médical : Dr Jean-Yves NIEMIER (Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy)
  • Coordonnateur oncologue : Pr Didier PEIFFERT (ICL Alexis Vautrin)
  • Coordonnateur gériatre : Pr Christine PERRET-GUILLAUME (Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy)

 

Carte des Oncologues/Gériatres du Grand Est

Grande campagne régionale d’information à destination du grand public sur l’importance de lutter contre le retard de prise en charge initiale de la personne âgée.

Dans le cadre de l’amélioration du parcours de soins des personnes âgées atteintes de cancer, l’Unité de Coordination en Oncogériatrie Lorraine (UCOG Lorraine) a réalisé une campagne régionale d’information visant à sensibiliser le grand public à l’importance de consulter rapidement un professionnel de santé en cas de signes évocateurs de cancer chez la personne âgée. Une prise en charge précoce favorise en effet un diagnostic plus rapide et de meilleures chances de traitement.

En ce début d’année 2026, une affiche originale a été diffusée auprès des médecins traitants, des pharmaciens d’officine, des infirmiers(ères) libéraux(ales) et des EHPAD, sur l’ensemble du territoire Lorrain.

Cette affiche met en avant des messages simples et accessibles ainsi que 2 QR codes permettant :

  • d’accéder à la liste des principaux signes d’alerte de cancer,
  • de consulter la cartographie en ligne des structures lorraines assurant une prise en charge oncogériatrique, disponible sur le site du DSRC Grand Est NEON.

Cette action d’envergure a été menée sur toute la région Lorraine et à destination de tous les professionnels de premier recours avec le soutien de l’ARS Grand Est et en collaboration avec le DSRC Grand Est NEON, l’URPS IDEL Grand Est et l’URPS Pharmaciens Grand Est.

En savoir plus

Le projet ALLIAGE (ALioration de La prise en charge Initiale de la personne Agée fraGile atteinte de cancEr) : son objectif est de fluidifier le parcours de santé des personnes âgées fragiles atteintes ou suspectées d’être atteinte de cancer par un accompagnement et une orientation facilitée, sur la Métropole du Grand Nancy.

S’informer et se former avec les UCOG

Le DSRC Grand Est NEON et l’UCOG Lorraine vous proposent de découvrir, en accès gratuit :

  • un module informatif composé de : deux films présentant les étapes d’une consultation en oncogériatrie, des informations sur la prise en charge des patients âgés atteints de cancer ainsi que les signes d’alerte de cancer. Inscription obligatoire (lien)
  • Les Essentiels en oncogériatrie : courtes vidéos thématiques sur la prise en charge du patient âgé atteint de cancer.
  • La plaquette informative « Les 10 signes d’alerte de cancer »
  • Le guide cancer et personnes âgées : « Guide des (fausses) idées reçues et des (vraies) bonnes pratiques » à destination des professionnels

L’UCOG Champagne-Ardenne propose un MOOC Oncogériatrie « Cancer chez les personnes âgées : mieux comprendre ses spécificités pour mieux prendre en soins » en collaboration avec l’UCOG Occitanie Méditerranée Pyrénées.

S’inscrire à la formation